Je m’écarte un peu de mes thèmes habituels pour vous parler de quelque chose qui me tient à coeur, l’allaitement. Maintenant que j’ai cessé d’allaiter mon fils, et avant que je commence à allaiter ce nouveau bébé que je porte, je sens le besoin de faire le point sur ma première expérience d’allaitement. J’espère que vous saurez vous reconnaître dans notre histoire, trouver réponses à vos questions ou peut-être trouver de l’encouragement pour passer au travers des moments plus difficiles.

Le lait maternel, c’est de l’amour liquide.

Nos débuts

Élie est né prématurément à 35 semaines et 4 jours. Dès ses premières minutes de vie extra-utérine, il s’est mis à téter.

« Wo! Ça tire! » La surprise a été ma première réaction.

Malgré un bon poids (plus de 6 livres) et aucun problème de santé, il a dû rester quelques jours en néonatalogie. Ce ne fut pas facile. Il avait une bonne succion dès le début. Son frein de langue, un peu court, a été coupé pendant notre séjour à l’hôpital. Son frein de lèvre, un peu court lui aussi, ne l’a jamais été. Notre sage-femme, aussi conseillère en lactation, nous a expliqué que sa succion était fonctionnelle. Comme je n’avais pas de douleur, l’opération n’était pas nécessaire.

Malgré les tétées fréquentes et les séances de pompage, ce n’est qu’au quatrième jour de vie d’Élie que j’ai eu ma montée de lait. Quel soulagement!

Canaux bloqués, ampoules de lait…

Et autres petits problèmes. Heureusement, je n’ai jamais eu de problème majeur avec l’allaitement. J’avais aussi la chance d’être bien soutenue, à la fois par mon mari très dévoué, par notre sage-femme et par les ressources du centre Naissance-Renaissance Outaouais. J’étais bien informée, grâce à la lecture du livre Bien vivre l’allaitement, que je recommande d’ailleurs.

Les canaux bloqués se caractérisent par une bosse douloureuse. Il faut les masser et allaiter plus du côté où ils sont. La chaleur aide. Ça finit par passer.

Les ampoules de lait sont souvent combinées à des canaux bloqués. Elles forment des petits point blancs sur le mamelon, c’est comme du lait durci qui bloque la sortie. On peut tenter de les ramollir avec de l’eau chaude ou de l’huile d’olive. Si elles perdurent, on peut les crever avec une aiguille stérile.

Un autre petit problème que j’ai vécu est l’inégalité dans ma production. Il faut savoir que c’est TRÈS NORMAL. J’arrivais à rétablir la situation en offrant systématiquement le sein droit (moins productif) en premier. Ils s’égalisaient en quelques jours, mais si je recommençais à alterner, ma production se débalançait à nouveau. Au final, j’ai abandonné ce combat et à la fin je n’allaitais que du sein gauche.

Allaiter, une joie

Pour moi, pour nous, l’allaitement a été une expérience positive, vraiment enrichissante. Elle m’a permis de développer un fort lien d’attachement avec mon fils.

C’est sans compter le côté pratique de la chose. Je n’ai jamais eu de gêne à allaiter en public (sans me couvrir!) que ce soit au resto, dans l’avion ou en pleine église. Je n’ai jamais eu de regards ou de commentaires déplacés. Peut-être est-ce une chance, peut-être est-ce un signe que les mentalités changent.

Alcool, café et privations

Je ne me suis jamais privée de rien à cause de mon allaitement. Oui, on peut boire du café et de l’alcool (raisonnablement) quand on allaite un bébé.

La quantité d’alcool contenue dans le lait est la même que celle dans le sang. Ainsi, même une femme ivre à 0,05 n’a que 0,05% d’alcool dans son lait. Une fois ce taux dilué dans le sang du bébé lui-même, cela devient réellement infime.

On dit même que le meilleur moment pour allaiter quand on boit est… quand on boit! Le lait contenu dans les seins n’est pas encore affecté par l’alcool. D’ici à la tétée suivante, le taux d’alcoolémie de la femme aura eu le temps de descendre, autant que possible.

Cododo, puis dodo

Je n’ai jamais empêché Élie de s’endormir au sein. C’est tellement naturel comme processus! Le cocktail hormonal de l’allaitement favorise le sommeil, à la fois pour le bébé et la mère.

J’ai commencé à faire du cododo accidentellement. Mon mari et moi avions nos doutes au sujet de cette pratique. Mais en faisant des siestes post-allaitement en cododo (sous la supervision de mon homme), j’ai découvert qu’effectivement, on a conscience de notre bébé à nos côtés et qu’on ne l’écrase pas!

Nous avons commencé ainsi le cododo la nuit également. Je me réveillais à peine pour mettre Élie au sein. Nous dormions vraiment bien tous ensemble! C’est assez paradoxal de penser que je dormais mieux quand mon fils avant 2 mois que quand il en avait 12, 18, 22!

Tirer, pomper, extraire

Je n’ai jamais eu besoin de pomper beaucoup. J’avais la chance d’avoir une production suffisante pour mon enfant, et d’être avec lui presque en tout temps. J’ai cependant tiré mon lait à plusieurs reprises et en utilisant plusieurs techniques…

Si vous attendez un enfant et que vous n’êtes pas certaine du type de pompe dont vous aurez besoin, je vous dirais d’attendre de voir quels sont vos besoins. Il est possible de louer des tire-laits de qualité supérieure auprès d’organismes en allaitement. Ça me semble être la meilleure solution pour commencer. Vous verrez ensuite s’il vous est nécessaire d’investir dans un bon tire-lait électrique ou pas.

Personnellement, je me suis très bien débrouillée avec la pompe Haakaa, qui peut être utilisée pendant l’allaitement, sur le sein qui n’est pas pris par le bébé. Cela permet de bâtir une petite réserve (pour des besoins occasionnels), sans investir beaucoup de temps ou d’effort là dedans.

Dans d’autres situations, j’ai eu beaucoup de succès avec l’extraction manuelle. C’est une technique qui peut sauver la vie, vu qu’elle ne requiert aucun équipement particulier. Elle peut être pratiquée partout en tout temps pour soulager des seins trop plein.

Lors de ma première nuit sans bébé, j’ai extrait 250 ml à la main!! Élie avait alors 1 an. Cela m’a également été pratique lors de l’accouchement de ma sœur. Après quelques heures au loin de mon fils, j’ai tiré 100 ml en quelques minutes.

Dons de lait maternel

J’ai eu la chance à trois reprises, de donner mon lait maternel à une autre mère, pour son enfant. J’ai donné du lait à des femmes de mon secteur via l’organisme Human Milk for Human Babies. Il y a plusieurs manières de donner son lait. Les banques de lait comme celle de Héma-Québec sont plus formelles, alors que le don de lait entre mère est plus informel.

J’ai parlé de ce thème lors de mon passage à l’émission de radio On est pas du monde.

Allaitement prolongé

Avec le temps, j’ai découvert une nouvelle face de l’allaitement. Voici un résumé de mes sentiments, publié sur Instagram en date du 5 septembre 2018.

L’allaitement prolongé, un bonheur immense et un grand sacrifice.
.
Aller un bambin, c’est se faire grimper dessus, tirer le chandail, crier après, prendre des positions plus étranges les unes que les autres, être la solution à tous les problèmes (ce qui en soit peut être une bénédiction comme une malédiction), et j’en passe.
.
Mais c’est aussi échanger des moments complices, des petits sourires complices, des regards tendres, des caresses toutes douces, quelques minutes de calmes (ce qui en soit peut être un miracle avec un toddler).
.
La sieste post-tétée et la petite extension de la nuit à l’aube sont parmi mes moments préférés de la journée. Des points fixes de petit bonheur quotidien. C’est avec cela en tête que j’entame une autre année comme mère au foyer.

Finalement, le sevrage

Élie avait 21 mois quand je suis tombée enceinte de notre deuxième enfant. La fatigue du premier trimestre m’a vraiment mise à terre. Même si j’avais du lait, j’avais de moins en moins l’énergie et l’envie de lui donner.

J’ai commencé à réduire les tétées pour ne garder que celle du matin et celle de la sieste. (Je ne voyais pas comment je pouvais faire autrement!) Ces deux tétées entraînaient cependant de plus en plus de frustration. Dans ma tête, mon fils et moi avions un pacte, une entente. Je l’allaitais, il s’endormait.

Quand cela ne marchait pas, je me sentais trahie. Comme si j’avais accomplie ma partie, mais pas lui. À ce sentiment s’ajoutait ma fatigue post-tétée.

Une de nos dernière séance d’allaitement

La méthode du Dr Gordon

Pour faire le sevrage de nuit, nous avons utilisé la méthode du Dr Gordon, qui est très bien résumée en français ici (version originale anglaise ici). C’est vraiment quand mon mari a commencé à s’occuper des réveils et que je n’allais plus du tout voir notre fils que les choses se sont améliorées. Mais je dois dire que ça a pris environ 3 semaines.

Le sevrage total

J’appréhendais tellement le sevrage d’Élie… et pourtant, tout s’est tellement bien passé. Nous avons été bénis, réellement. Un peu avant ses deux ans, j’ai coupé la tétée du matin. Il n’y a pas eu trop de protestation, seulement un réveil plus tôt certains jours.

Un peu après ses deux ans, à l’occasion de notre anniversaire de mariage, nous sommes partis pour deux nuits. J’ai décidé que c’était le moment de la coupure. J’avais lu dans le livre The Nursing Mother’s Guide to Weaning qu’il était commun d’utiliser un moment de séparation pour sevrer un enfant de 2-3 ans.

J’ai versé une larme avant notre départ, pendant notre dernière tétée. Mais à mon retour, il n’a même pas demandé le sein. Et j’ai pu l’endormir le lendemain en le collant seulement et en le prenant sur moi.

Je garde des souvenirs merveilleux de l’allaitement de mon plus vieux. Et je me réjouis à l’idée que j’ai encore des tonnes de tétées devant moi avec ma petite puce et les autres qui suivront.

Avez-vous allaité longtemps vos enfants? Quels souvenirs en gardez vous?


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *